Pourquoi j’aime le cinéma ? Je ne sais pas. J’aime les films. J’aime en voir, j’aime en discuter. J’aime attendre un film, j’aime me souvenir d’un film. Je devais avoir une dizaine d’années quand, peut-être pour la première fois j’ai compris qu’elle pouvait être la force de cet assemblage d’images et de sons que l’on appelle un film. Tout ça pour raconter une histoire. C’était un soir, et à la télé était diffusé Les Dents de la Mer (quel titre mes amis ! comment ne pas avoir envie de voir un film avec un titre pareil ?). Ce film a changé ma vie, ni plus ni moins. Plus jamais je ne suis allé sur une plage sans y penser. Même au bord d’un lac, j’y pense. Je le jure.
Quand j’y repense, à ce soir là (à une époque où les grandes chaînes de télévision françaises passaient des films, promis ça a existé), le soir donc où j’avais eu un rapport déterminant avec ce film. Comme un enfant de dix ans peut l’avoir : je savais que c’était du cinéma, que c’était « pour de faux », sauf que, à dix ans, le temps du film, j’y étais à Amity. J’y ai cru.
En m’intéressant au cinéma, j’ignorais que petit à petit, j’allais détruire cette relation pure que j’avais avec les films. Quand on a dix ans, on ignore le nom du réalisateur, le nom des acteurs qui apparait et qu’on retient à une aura presque sacrée. On ne connait pas les mouvements d’appareils comme un travelling compensé ou une contre plongée. On vit le film le temps de la projection. Les faux-raccords sont une notion inexistante, par exemple. Je ne savais pas qu’à ce moment-là, je voyais sans doute pour la dernière fois un film comme je voudrais pouvoir le voir à chaque fois. Avec les yeux d’un enfant de dix ans. J’avais vu Les Dents de la Mer, pas un super film de Steven Spielberg.
Je parlerai souvent, dans mes futures contributions, du cinéma américain des années 1970. Epoque où à mes yeux, les films étaient encore considérés comme des œuvres artistiques à part entière et qui a vu l’émergence d’auteurs qui se sont affranchis de la mainmise des studios comme c’était le cas dans les années 40 ou 50. La décennie 70 fut une formidable transition pour le cinéma. Non pas que désormais tout soit à jeter, certains cinéastes continuent à proposer des films. Mais la plupart de la production actuelle est surtout faite de produits cinématographiques, avant tout destiné à rapporter un maximum d’argent. Il fut jadis des producteurs qui acceptaient un projet en sachant qu’ils allaient y laisser leur chemise. Quand on leur demandait alors pourquoi ils avaient accepté de le financer ? Ils répondaient simplement : j’avais tellement envie de voir ce film. Quoi de plus beau ?
Je savais que j’allais être terrorisé par ce film montrant un grand requin blanc attaquer une petite station balnéaire de la côte est des USA. Ma mère m’avait bien mis en garde : ça fait peur ce film. Oui, j’étais terrifié tout du long. Mais voyez-vous, j’avais tellement envie de voir ce film.
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