lundi 19 septembre 2011

De l’utilisation du travelling chez Martin Scorsese (Les Nerfs à Vif / CAPE FEAR – 1991)


Hier soir tard, au gré d’un zapping peu convaincu à la recherche d’un programme devant lequel commater une demi- heure avant d’aller rejoindre un sommeil bien mérité, je tombe, par hasard, sur Les Nerfs à vif signé Martin Scorsese. J’oublie aussitôt le prétendu coma pour m’intéresser à la mise en scène de l’exposition du film. Mon épouse dormant dans la pièce à côté, je baisse le son pour ne laisser qu’un mince filet de voix à peine audible. Du coup, je m’attache beaucoup plus à l’observation des choix de montage et de mouvements d’appareils que fait le cinéaste.

Je n’ai pas longtemps à attendre pour voir l’un des fameux travellings avant punchy de Scorsese. J’avais déjà remarqué cela dans ses autres films, notamment dans Alice n’est plus ici et After hours. Dans ce dernier, les travellings avant rapides dirigés vers le personnage principal servaient à démontrer par l’image dans quel tourbillon allait être emporté le protagoniste, la caméra le « chopait » au passage. Comme si, grâce à la caméra, Scorsese parvenait à rendre concret le vent abstrait (soit la frénésie du scénario) qui emporte héros et spectateur pour ne le laisser tranquille et épuisé qu’à la fin du métrage. Alors que dans Alice… le même mouvement d’appareil illustrait quant à lui la force de caractère du personnage d’Ellen Burnstyn, les travelings-punchs venant ponctuer une réplique ou une mimique d’agacement.

Dans Les Nerfs à vif, le plan-signature de Scorsese envahit tout le métrage, et ce, dès le début, venant incarner littéralement la brutalité du personnage de Robert de Niro. Celui-ci est filmé (presque que) de dos durant la séquence où il sort de la prison puis de face une fois qu’il est sorti, qu’il a passé les grilles, libre. Et là, c’est De Niro lui-même, en se dirigeant vers la caméra rapidement, qui annonce les travellings-punch qui vont suivre. Toute la mise en scène est basée sur l’angoisse et la brutalité à partir de là. Le montage sera parfois elliptique via des zooms ou, encore, une fois, des travellings-avant hypers rapides dirigés vers les personnages, comme des coups de poings, des directs au visage comme si Max Cady (De Niro) pouvait imprégner de sa violence jusqu’à la réalisation même du film.

Scorsese n’hésite pas à se servir de la caméra pour illustrer, appuyer, un contexte, une atmosphère sans que cela ne soit jamais redondant par rapport à l’image. La brièveté des plans concernés, leur impact étant presque subliminal pour le spectateur. Au même titre que la musique qui illustre l’action sans paraphraser l’image. On pourrait presque dire que Scorsese fait des images sous forme de musique qui se voit. C’est en cela qu’on pourrait presque parler de compositeur de film plus que de réalisateur.

Bande annonce des Nerfs à vif où vous verrez quelques exemples des fameux travellings.


2 commentaires:

  1. d'accord avec ton analyse, mais j'ajouterai que Scorsese a a voulu mettre en image les liens entre les différents personnages ainsi que mettre en avant leurs traits de caractères.

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  2. Dans "Les Nerfs à vif" comme dans "L'Exorciste" et une certaine séquence de "Scream"... c'est quand tout est paisible à table que soudainement la banalité d'un téléphone sonne pour apporter la plus grosse terreur possible.

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